les crapauds
alain souchon
dans le ciel splendide luit le croissant d'or
au loin le bois semble un geant qui dort
chien ni loup ne quitte sa niche ou son gite
aucun bruit n'agite la terre au repos
alors dans la vase ouvrant en extase
ils disent: nous sommes hais par les hommes
nous troublons leurs sommes de nos tristes chants
sait qu'il nous fit betes et non point mechants
notre peau terreuse se gonfle et se creuse
et pale nous chasse a coups de paves
un trou sous les pierres est notre reduit
ou vers qu'on ramasse dans le potager
dans l'eau qu'elle souille
la verte grenouille y cherche un abri
et les libellules aux ailes de tulle
font crever des bulles au nez des goujons
sur la calme flaque des marais blafards
symbolique et melancolique
notre long cantique sort des nenuphars
au loin le bois semble un geant qui dort